Un type tente de récupérer la voiture qu’on lui a volé sous son nez. Et l’un des plus grands films de ces dernières années est australien.

 

ANIMAL KINGDOM, portrait d’un jeune homme engouffré malgré lui dans un espace criminel, était déjà un très grand film sur les relations humaines.
Avec THE ROVER, David Michôd creuse son sillon… et envoie valser les conventions du film désespéré.

https://i2.wp.com/fr.web.img4.acsta.net/r_1920_1080/pictures/14/08/06/17/14/024334.jpgL’enfer, c’est les autres.

THE ROVER est une expérience sensorielle, un éveil à la dureté d’une vie livrée à elle même. Dernier film tourné en pellicule en Australie, le grain n’a jamais autant épousé le décor, sa caractérisation matérielle et participé à une si belle conception de l’image.
Car la mise en scène de Michôd est d’une rigueur esthétique hallucinante. Le découpage, se faisant parfois au rythme d’une musique qui rappelle celle, si hypnotique, de Cliff Martinez, est époustouflant. Le spectateur glisse au gré des situations que rencontrent les personnages comme un grain de sable porté par le vent. Violemment, mais avec un plaisir hors du commun. Sans effet de style particulier mais avec toute la beauté du travelling et du panoramique, Michôd compose une oeuvre d’art. Et se refuse pourtant à la simple illustration figurative. Son film est une réflexion, presque un constat sur la déréliction humaine. Dans les rôles principaux, Guy Pearce n’a jamais été aussi grand et Robert Pattinson apporte la touche de comique nécessaire à cette histoire, qui peut paraître banale mais n’est devenue que le simple fait de l’effondrement de l’humain.

https://i1.wp.com/fr.web.img3.acsta.net/pictures/14/08/06/17/14/090606.jpgSur la route, une voiture et un homme.

THE ROVER est, sur toute sa durée, un choc. Cinématographique, dans tout ce que le cinéma peut offrir de sensations à son spectateur, de la surprise dramatique à la beauté formelle. Cérébral dans sa dimension à associer l’image à l’interprétation personnelle.
Par bien des aspects, le film rappelle DRIVE de Nicolas Winding Refn. Pour sa sublime composition des cadres, pour son rythme mutique et poétique, pour son déroulement sur un gant de velours et de béton. Guy Pearce n’est qu’au fond la suite logique du personnage du chauffeur, un homme désabusé, solitaire qui, quand le monde s’est effondré, a troqué sa passivité contre l’agressivité. Son personnage ainsi que celui de Rey incarné par Pattinson, est absolument fascinant. C’est la figure de l’homme qui, en 10 ans à peine, a perdu foi en l’humanité. La fin peut paraître idiote mais en réalité, c’est elle qui donne toute la force du film et résonne comme le cri d’adieu à l’humanité et à la relation du langage. En faisant route avec un jeune qui n’a sans doute rien connu de l’avant-chute, il décèle une lueur d’espoir pour une relation forcée mais pas autant que s’il avait fait route avec quelqu’un d’autre. Quand Rey finit par mourir, la larme qui coule de son visage reflète à la fois l’espoir et le désespoir, qui se sont contrebalancées tout du long. C’est juste l’histoire d’un homme qui n’a pas hésité à abattre froidement de ses semblables pour honorer la mort d’une autre espèce. Un fantôme du désert errant vers un but précis, celui qui, en toute circonstance, a laissé s’approcher la chute de l’immatériel au profit du néant.
THE ROVER est un film immense sur la question « Comment en est-on arriver là ? ».

« Un malin, Dieu, qui nous a ouvert l’espace sans nous donner des ailes. » – Jules Renard.

The Rover de David Michôd

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Martin Lesteven

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