Film du malentendu par excellence, AMERICAN SNIPER pourrait bien devenir une sorte de symbole d’ambiguïté du cinéma contemporain. Retour.

https://i0.wp.com/fr.web.img2.acsta.net/r_1920_1080/pictures/14/12/09/10/24/527365.jpgDANS LA LIGNE DE MIRE, avec Clint Eastwood, ça vous dit quelque chose ?

Le patriotisme est un trompe l’oeil.
C’est un vecteur de premier degré, une façade. L’Amérique est une nation bâtie sur des légendes que ses habitants ont eux-même établie. AMERICAN SNIPER est un film qui place l’Amérique face à elle même. La force du film est de ne dévoiler aucun point de vue concret sur cette guerre. Le seul point de vue du film, c’est celui de Chris Kyle. Un homme élevé dans une Amérique autoritaire, aux valeurs strictes, réglementaires. Le flash back du début n’est pas là pour faire joli. Il sert à dévoiler une motivation. Chris Kyle deviendra donc une « légende ». Un surnom qui n’est pas issu de sa propre initiative, mais de celle du pays qu’il protège. On remarque que plus son statut de légende sera évoqué, plus cet homme sentira sur lui cette responsabilité qu’on lui a attribuée. Et quand vient la fin du film, Kyle meurt. Dans son propre pays. Par un de ses frères d’arme. Par le produit de la patrie qu’il voulait à tout prix protéger. Imaginons alors l’action du film, durant la seconde guerre mondiale. Dans un autre pays, avec un héros d’une autre nationalité.

Le message est le même, ailleurs, partout, et le sera durant tous les conflits : la haine attise la haine, la guerre détruit l’humain quel qu’il soit. Pourtant, l’Amérique en a tiré un exemple. Un exemple dont la renommée sera celle d’avoir abattu le plus d’hommes possible. Là, il n’est plus question de l’origine de ces victimes, mais bien du nombre de morts qu’il a causé. Les images d’archives de fin sont un hommage. Pas un hommage à l’homme qui a défendu son pays. Mais une bien triste cérémonie sur un homme que l’on finit par plaindre l’importance que sa patrie lui a accordé, et plus que tous sur le souvenir de l’homme qu’il restera : un tueur acclamé. Le personnage tel que le présente Eastwood n’est alors plus un vrai défunt, mais un personnage de fiction. C’est la boucle sans fin d’un bellicisme que le film condamne : une guerre se déclare – Kyle fait son devoir parmi tant d’autres – il est choisi pour devenir un symbole – il tue pour perpétuer malgré lui cette légende – il meurt – et l’Amérique en veut encore. Chris Kyle était une légende. Il y en a eu avant lui. Il y en aura encore. Boucle ouverte. Mise au point du viseur. Cible acquise. Tir. Recharge. Et ça recommence.

American Sniper de Clint Eastwood

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Martin Lesteven

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