Une chose était sûre, ce mercredi 16 décembre 2015 : je suis ressorti du film avec le coeur lourd, sous le poids de toutes les émotions possibles. Ce sont ses imperfections vite relevées qui rendent ce film si attachant et puissant, un film qui crée les ponts du cinéma d’hier et d’aujourd’hui, entre nostalgie et futur annoncé.
Non, le film ne ressemblera sûrement pas à ce que vous vouliez. Il ne peut pas. Cela sera une déception. Une déception nécessaire, qu’il faut appréhender avec délicatesse.

https://i2.wp.com/fr.web.img4.acsta.net/r_1920_1080/pictures/15/11/30/12/46/289548.jpgTrio nouvelle génération.

Alors, parlons du film. Il n’est pas parfait. D’aucuns diraient que c’est pour cela qu’il est décevant. Alors que tout le monde sait très bien qu’un STAR WARS ne peut contenter tout le monde, que la promo a bien évidemment envahi votre coeur, où nostalgie et excitation sont ressorties de votre esprit pour se regarder en face. Des émotions, notions, parfaitement compréhensibles.
Puisque le film m’a conquis, abordons les défauts en premier ordre (!).
Les personnages ne sont pas tous gâtés où élevés à niveau égal les uns les autres. Poe Dameron reste encore un personnage sous-exploité. Son humour et sa coolitude se manifesteront sûrement bien plus dans les prochains épisodes. Gwendoline Christie, qui joue le Capitaine Phasma, n’a pas grand chose… à jouer. A peine trois apparitions éclair. Son armure chromée flamboyante se manifestera sûrement bien plus dans les prochains épisodes. Le Leader Suprême Snoke… est une déception. Alors que le mystère planait sur ce personnage (top secret sur tous les points, absent de la promo, je l’imaginais déjà en sorte de simili Amiral Thrawn), son apparition est frustrante. Son design est raté, le fait qu’il soit réalisé en CGI y est pour beaucoup, dans un film où seulement trois « aliens », dont Snoke, sont des résultats de motion capture au milieu de vrais costumes, faits à la main. Mais sa présence et la menace qu’il représente se manifesteront sûrement bien plus dans les prochains épisodes. Sans oublier C-3PO et R2-D2, aux rôles anecdotiques. Sûr qu’ils se manifesteront dans…
A ce stade de la critique, vous l’aurez remarqué, se cache une sous-tendance : ces personnages reviendront. Et c’était évident !

Car oui, LE REVEIL DE LA FORCE a tellement été attendu, fantasmé, imaginé… que beaucoup, ce qui est dans un sens compréhensible, ont oublié qu’il ne s’agissait que du premier épisode d’une nouvelle trilogie. C’est un fait. Comment reprocher à cet épisode VII son statut d’introduction ? Comment le film pourrait-il contenter le monde entier, des fans aux profanes, alors qu’il est parfaitement conscient que deux autres volets doivent suivre ? Pourquoi cette aventure devrait-elle griller toutes ses cartouches dés son prologue ? Bref, comment lui en vouloir.

https://i1.wp.com/fr.web.img5.acsta.net/r_1920_1080/pictures/15/08/14/10/31/105124.jpgSinging in the Reeeen.

Oui, le film a quelques problèmes. Outre ceux de certains personnages, on peut aussi regretter la quasi absence de mise en contexte du film : le fait que l’Empire ait survécu, d’accord, mais la Nouvelle République est-elle si fragile que ça pour que les gagnants du RETOUR DU JEDI passent de rebelles à… résistants ? On a du mal à croire que 30 ans aient passé, sans qu’une vraie puissance militaire se soit mise en place pour contrer les restes de l’Empire, Empire, qui d’ailleurs, devenu Premier Ordre, ne semble actif que dans ce film, Starkiller étant utilisée pour la première fois ici.
Et, oui, le film reprend presque outrageusement la trame de UN NOUVEL ESPOIR. C’est honteux… Nan. C’est justifié.

Bien sûr, je tiens à préciser que je tiens bien compte de tous ces défauts. Qu’ils soient à peine gênants ou trop gros pour être acceptés. Mais sincèrement, je ne les trouve pas aussi graves que cela. A vrai dire, un seul passage du film me titille, et ne pourra être pris dans sa globalité une fois la trilogie finie : l’attaque de Starkiller. Autant, de mon avis, vous avez compris, très personnel, je trouve le fan service dignement digéré et remanié, voir même mis à jour, autant, cette scène, pour faire bref, est une copie sans tension de l’assaut de l’Etoile Noire de l’épisode 4. Ce qui est dommage puisque la scène n’aura pas de grande répercussion sur le reste de la trilogie, car, vous en conviendrez, personne n’espère revoir une intrigue à la Starkiller dans les prochains volets.

https://i1.wp.com/fr.web.img2.acsta.net/r_1920_1080/pictures/15/12/09/14/04/539170.jpgL’amour ne vieillit pas.

Mais au delà de tous ces défauts, LE REVEIL DE LA FORCE est un enchantement. C’est un plaisir continu de deux heures dans un univers qui a encore de la magie à revendre, un potentiel incalculable, qui revient sous une forme nostalgique mais qui, petit à petit, s’émancipe de son modèle.
Il y a tout d’abord cette introduction magnifique sur Jakku, où l’immensité de la planète isole le personnage de Rey, où l’oeil du spectateur est appelé au bon souvenir de Tatooine, contexte mis à part. On replonge dans cet univers comme Rey descend, sous l’harmonieuse musique de John Williams, une longue pente de sable. C’est magnifique. On se balade de planète en planète comme à la vieille époque, et on prend plein les yeux. Un peu trop ? Le film va vite. Très vite. Les infos fusent, les personnages sont sans cesse en mouvement. D’un point de vue général, ce manque de calme me manque. La caméra du George Lucas de la prélogie me manque. Cette façon de filmer un monde merveilleux et se délecter de chaque arrière plan me manque. Manque. Et d’un côté, qu’il est plaisant de voir que Abrams a, au delà même de réaliser un Star Wars, fait son propre film. On se souviendra dans des années, je l’espère, que LE REVEIL DE LA FORCE fut un film 100% Abrams. Sa façon de cadrer, ses mouvements, ses travellings, cette façon de filmer les visages comme des reflets… J.J. a bien fait son film.
On pourrait aussi dire qu’il a fait le film que les fans voulaient voir. Ce n’est pas faux. Mais c’est plus compliqué que cela.

https://i2.wp.com/fr.web.img4.acsta.net/r_1920_1080/pictures/15/11/30/12/46/287829.jpgA l’aube, regardez à l’est.

Sans rentrer dans les détails, la construction du film fait volontairement écho au passé. Si l’on se penche sur les liens qui unissent les personnages, et plus que tout, les relations qui les rattachent, tout a été minutieusement assemblé pour assurer le thème même du film : la transmission, le passage de relais.
Car là est tout le coeur du REVEIL DE LA FORCE. Le réveil du rêve d’enfant qui sommeille en chacun de nous, la réminiscence de souvenirs plus ou moins enfouis. Ce retour des émotions se traduit parfaitement dans le regard de Rey et Finn, admiratifs face à Han Solo et ses exploits, devenus légendes, comme si le spectateur avait oublié que de tels événements avaient eu lieu, près de 40 ans auparavant. Han Solo représente, bien évidemment, plus que Leïa ou les deux droïdes, une relique du passé, le symbole de la Trilogie Originale. Kylo Ren, lui, rêverait d’être Dark Vador, autre symbole de la fameuse Trilogie. Son impuissance, sa frustration de ne pouvoir le devenir le hante. Alors arrive la scène la plus puissante du film. Car Kylo Ren aimerait voler de ses propres ailes, faire vivre ce nouvel épisode STAR WARS et l’emmener là où le spectateur n’est jamais allé, il tue Han Solo, son propre père. Réfléchissez, c’est évident : Kylo Ren alias Abrams tue ce qu’il reste de son passé de fan, l’origine de sa passion, en sachant que la nostalgie est une notion présente d’un autre temps, Han Solo alias la Trilogie Originale.
LE REVEIL DE LA FORCE n’est, au fond, qu’une histoire d’émancipation. Il reprend de manière méthodique la structure de ses anciens pour mieux démanteler les forces qui la régissent, les faire s’entre-choquer. Il apparaît très clair, dés lors, que le film vient de tracer une voie royale pour ses successeurs : celle d’une galaxie où tout peut arriver.

Ce qui fait du REVEIL DE LA FORCE un grand film, c’est cette portée émotionnelle qu’il diffuse, aux cinéphiles, fans, et simples mais nobles spectateurs. Cette émancipation est le reflet de la dimension universelle que la saga STAR WARS a toujours eu à coeur de renouveler. Ce REVEIL DE LA FORCE est appelé à toucher une nouvelle génération de spectateurs, tout comme la prélogie, 15 ans plus tôt, a pu le faire pour moi, tout comme UN NOUVEL ESPOIR aura pu le faire il y bientôt 40 ans.
STAR WARS est aujourd’hui, plus que jamais, l’histoire de ceux qui la créent et la vivent, devant et derrière l’écran, imprimés sur les rétines, une fresque où seul le spectateur aura raison, et le voisin aussi, dans un grand tourbillon générationnel.

https://i0.wp.com/fr.web.img5.acsta.net/r_1920_1080/pictures/15/11/30/12/42/144590.jpgBlanc comme nuit, noir comme neige.

LE REVEIL DE LA FORCE est un film-monde, avec ce qu’il doit comporter de défauts et de grands moments de cinéma, et donc de vie, qui remet en place la toute puissance de la subjectivité.

Et puisqu’il me faut un plan B qui puisse se substituer à cette subjectivité, voilà qui sera plus prosaïque : toujours, selon moi, Rey est un magnifique et émouvant personnage, les scènes d’action sont superbes, quel plaisir de revoir Han Solo et Chewbacca, mais surtout voyez le film deux fois pour la musique qu’on oublie vite la première fois, et cette scène en milieu de film, quelle classe ! Je trouve que LE REVEIL DE LA FORCE est un film d’aventure brillant, où les péripéties s’enchaînent avec harmonie, où la maîtrise de Abrams à raconter, une histoire parfois complexe, s’affine définitivement. J.J., ce brave, a trouvé un équilibre presque parfait entre la fluidité narrative de la prélogie et l’action instantanée de la trilogie originale. Il en fait sans doute trop. Mais en ce qui concerne STAR WARS, disons que mieux vaut trop que pas assez.

Star Wars : le Réveil de la Force de J.J. Abrams

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Martin Lesteven

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